Singularité : Intelligence Artificielle et Sentiments

Singularité : Intelligence Artificielle et Sentiments

André Guillen

Normalement, on dit qu’un garçon est intelligent, comme synonyme de brillant. Nous avions toujours cru que l’intelligence était une particularité exclusivement humaine. Et nous ne nous imaginons pas dire qu’un artefact artificiel, qu’il s’agisse d’une voiture, d’un jouet ou de toute autre chose: cette machine est intelligente, n’est-ce pas ? Ou le dirions-nous en parlant d’un logiciel de santé ou d’un jeu vidéo ? Je ne crois pas, non. Pas encore, en tout cas. La singularité n’est pas encore là.

Mais nous, notre société, notre progrès, comme le surfeur, qui au sommet de la vague de sa vie, nous courons et accélérons enormément vers ce point où l’intelligence artificielle dépassera le cerveau humain et sera aussi propre à d’autres entités. Devrions-nous dire d’autres choses, d’autres objets, d’autres machines ?

Singulari Artificial Intelligence Concept

Peut-être, ce que nous appelons l’intelligence aujourd’hui, se transformera-t-il en quelque chose avec sa propre nature. Le nuage est peut-être une préhistoire de ce que pourrait être cette intelligence éthérée et omniprésente. Toutes ces informations, toutes ces données, cet incroyablement grand Big Data, concentrées dans quelques fermes à données partout dans le monde et constamment partagées avec toute l’humanité, avec la permission des sociétés technologiques, bien sûr. Ça pourrait être le début de tout.

Mais il y a autre chose à prendre en considération. De la même façon que nous avons dit au garçon qu’il est intelligent, nous le disons à la fille, bien sûr, mais dans les deux cas, nous ne leur disons pas seulement qu’ils ont beaucoup de données dans leur cerveau, ou qu’ils sont capables de calculer très rapidement, ou qu’ils peuvent lire très vite. Il y a autre chose, quelque chose que seuls les humains ont en ce moment. Et c’est tout cela, plus les sentiments, les humeurs, un certain type de sensibilité que seuls les humains ont et peut-être d’autres choses que nous ne savons pas encore. Les activistes pour les animaux peuvent aussi soutenir que les animaux peuvent montrer ces attributs, en particulier les mammifères. Mais concentrons-nous, pour l’instant, sur les humains.

La première personne à avoir jamais mis sur la table le concept de singularité a été le mathématicien John von Neumann. En fait, son vrai nom était Neumann János Lajos et il est né à Budapest, à l’époque, faisant toujours partie de l’Empire austro-hongrois. Dès son plus jeune âge, il s’est avéré avoir une intelligence extrêmement fine et il finit par devenir l’un des mathématiciens les plus importants de son temps. Entre autres, ses contributions sont importantes en mécanique quantique et en théorie des jeux.

Voici une des choses qu’il a dit au sujet de la singularité : “Le progrès technologique deviendra incompréhensiblement rapide et compliqué” C’était dans les années 50 du siècle dernier.

Nous pourrions définir la singularité comme le point où les humains et les machines se mélangent, se fondent les uns aux autres, de sorte que nous ne pouvons pas dire où l’un commence, ni où l’autre finit : c’est le point où l’intelligence artificielle surpasse l’intelligence biologique. Et puis, oui, nous dirons probablement à une chose : vous êtes intelligent, c’est-à-dire que ce est intelligent.

Plus récemment, des spécialistes parlent aussi du concept d’explosion de l’intelligence pour parler de singularité et l’inventeur Ray Kurzweil, dans son livre The Singularity Is Near, dira que la date de début précise serait l’année 2045. Je trouve un peu difficile de faire une prophétie aussi exacte, mais M. Kurzweil a la réputation d’avoir raison dans de nombreux cas, dans de nombreuses prédictions.

Récemment, j’ai rencontré le jeune entrepreneur suisse Alen Arslanagic, nominé par Forbes 30 under 30, c’est-à-dire les 30 personnes de moins de 30 ans les plus influentes dans leur région. Il m’a dit, lors d’une interview dans le cadre de mon travail pour la Fondation impactIA, que la réponse la plus plausible à la singularité, afin d’éviter d’être gouverné par les machines (ou peut-être le seul) serait d’intégrer l’intelligence artificielle comme partie de notre humanité. Et il dirait spécifiquement, par exemple, que nous serons très probablement connectés en permanence au cloud, afin de récupérer et de traiter les données. Il a aussi dit que nous communiquerions entre nous sans nous parler ; une version technique de la télépathie, je dirais. Un peu bizarre, non ? Mais, en même temps, absolument fascinant.

Mais alors, si nous intégrons l’intelligence artificielle en tant que partie de nous-mêmes, si nous devenons des cyborgs hyper-mega intelligents, à quoi bon vouloir intégrer les sentiments humains dans d’autres corps, comme les robots, par exemple ? Pour quoi faire ? Parce que si le prophète est déjà allé à la montagne, pour emprunter une image biblique, pourquoi alors penserions-nous même à déplacer cette montagne ? Nous, les humains, pourrions encore avoir des sentiments en exclusivité et nous enrichirions nos vies de façon exponentielle avec l’intégration de l’intelligence artificielle en nous-mêmes. Une question cruciale à cet égard est toujours (et chaque fois davantage) la protection de la vie privée. Et un autre sujet important, lié au premier, serait de savoir qui est le propriétaire des données, du Big Data ?

Quoi qu’il en soit, nous sommes évidemment aujourd’hui au bord d’un incroyable changement dans l’histoire de l’humanité, un changement comme nous n’en avons jamais vu auparavant. Il est donc difficile de prédire exactement ce qui se produira et ce qui ne se produira pas. Un changement qui a déjà commencé et qui va s’accélérer chaque jour dans les décennies à venir dans une progression géométrique.

John von Neumann

Ray Kurzweil

impactIA Foundation

Alen Arslanagic – Forbes 30 under 30